le grand large

Jeudi 16 mai

Bonne surprise, à 6h du matin tout est calme, plus de bruits, seul le ronronnement du moteur et c'est ce silence relatif qui m'a réveillée, un peu inquiète... serions-nous en panne?

 

Aucun sillage, un temps magnifique, une mer plate?

calme plat sur l'Océan Atlantique

Pas de souci, le Commandant a décidé d'attendre ici, au milieu de nulle part - attendre la fin de la tempête et cela va durer 24h sans bouger, à peine un léger tangage.

 

une chaise arrimée au bastingage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'en ai profité pour m'installer sur le pont de la coursive, sur une chaise de jardin arrimée au bastingage par le  2nd Mate, toujours prévenant.

 

 

 

 

 

 

 

Pendant ce répit, les marins s'emploient au nettoyage du navire.

 

Pour moi aussi, je vais utiliser la laverie pour mon linge et les draps - la lessive et les produits d'entretien sont fournis gratuitement.

 

Pour étendre le petit linge, une cordelette dans la salle de bain suffira.

étandage dans les coursives

Tous les officiers et les matelots étendent leur linge, draps et couvertures sur les barres le long des coursives, donc je fais de même.

 

Avec la clim tout sèche très vite.

 

J'apprécie qu'il n'y ait pas de steward et  faire comme les marins.

Vendredi 17 mai

Vers 6h ce matin, nous sommes repartis mais il est 8h30 et l'on s'arrête à nouveau.

Ici, il y a pas mal de 'moutons" mais sans plus.

Cependant la forte houle annonce une seconde tempête et comme nous sommes en avance pour le passage du canal de Panama; On en profite pour échapper aux mauvaises conditions météo.

 

Très vite l'Océan se lève et des crêtes moutonneuses déferlent bruyamment ;le Hansa Bremen est fortement secoué : il faut ralentir.

Le navire file à 18 nœuds jusqu'aux Açores. (voir la video)

 

Ce soir à nouveau changement d'heure, à 12h il sera 11h.

Toute la journée nettoyage de la proue à la poupe. (voir la video)

 

Le chef mécanicien profite de cette accalmie pour m'inviter à visiter la machine, c'est une aubaine pour moi.

 

Ce dimanche matin c'est le Chef mécanicien qui vient me chercher et je suis ravie de pénétrer dans l'antre du Hansa Bremen; de franchir cette petite porte discrète et donc mystérieuse.

 

La salle des machines et la super structure sont placées à l'arrière pour laisser plus de place pour les cales.

 

Comme dans tous les navires de commerce, la salle des machines est bruyante , aussi le casque est obligatoire; mais avant, je visite la salle de contrôle qui se situe au niveau du parquet inférieur avec une enfilade de cadrans constamment surveillés, puis l'atelier bien fourni d'outils.

 

Enfin c'est la découverte tant attendue de la Machine!

Une grande chaleur m'enveloppe, le vacarme assourdissant me coupe la parole.

Une échelle de fer abrupte plonge dans les entrailles du navire et poser les pieds sur les plaques d'acier trépidantes me provoque une grande émotion. Enfin j'y suis! La main courante est chaude et vibrante et pour découvrir le moteur en entier je dois descendre plusieurs étages précédée par mon guide.

 

Je ressens le halètement saccadé (celui qui me berce au dessous de ma cabine ) de la machine qui résonne entre les murailles de la coque.  C'est énorme ; les tiges des pistons luisants d'huile vont et viennent.

 

La machine (diaporama)

Le Chef mécanicien m'explique le fonctionnement de sa machine mais c"est difficile de communiquer avec le vacarme ambiant et mon anglais incertain!

Les termes techniques m'échappent.

A certains endroits, dans la chaufferie, l'atmosphère est surchauffée et oppressante, difficile à supporter mais je l"occulte pour ne rien manquer de ma visite et je suis fière d'avoir pu y accéder.

 

Ce qui surprend, c'est la propreté partout.

Nous terminons par le lieu très important et émouvant, tout en bas et qui abrite l'arbre d'hélice.

Je suis enchantée.

Cet après-midi, petite escapade à la passerelle par les escaliers extérieurs; j'adore les utiliser, me retrouver au dessus du vide et surplomber cet espace immense, c'est exaltant.

 

Le Second m'a invitée à la timonerie pour un café et revisiter la salle météo et radio, la salle des cartes et faire le point avec lui.

 

Toujours pour éviter la trop forte houle, nous nous sommes arrêtés 20mn mais cette nuit dès 18h, le mauvais temps s'est encore invité et ce matin encore - au point qu'une note est affichée pour tout arrimer.

 

Roulis et tangage rendent les déplacements risqués. Au mess, la moquette est entièrement protégée, il a fallu attacher les fauteuils. j'ai réussi à atteindre le mien mais même assise, il a glissé et le Commandant a eu du mal à préparer son breakfast.

 

 Ciel gris aujourd'hui encore et le mauvais temps est toujours présent. Aussi avec le roulis dans ma cabine ,impossible de tenir debout, je vois ma valise et le fauteuil traverser la cabine d'un bout à l'autre - aller et retour.

 

Je viens de faire une glissade et je dois m'accrocher fermement à la table et au bureau, c'est un peu le chaos dans la cabine. Il y a une houle incroyable et comme le dit le Commandant " C'est l'Atlantique Nord".

 

 

 Samedi 18 mai

Cet après-midi, j'ai assisté  à la réunion "Drill" sur la sécurité car il y a un problème d'hélice et aussi de l'eau que l'inspecteur belge a jugé pas assez conforme. Du coup le Second m'a apporté des bouteilles que j'achèterai samedi prochain.

 

J'en ai bu et je ne suis pas malade mais je vais éviter et boire des jus de fruits.

 

 

Dimanche 19 mai

Très bonne nuit bercée par le roulis incessant. Impossible de rester dans la position du "chien de fusil". On roule vraiment, mais ce bercement m'endort. Bien-sûr parfois au réveil, j'ai l'impression d'avoir fait du sport, et je m'aperçois que c'est bon pour mon dos.

 

Aujourd'hui toujours du roulis mais moins rude. Le ciel est encore gris mais égayé par un petit déjeuner délicieux.

 

Jour de congé pour notre chef cuisinier mais tout est prévu pour le déjeuner et pour le dîner. Ce soir c'est l'officier reefer qui est russe, qui nous régale avec du saumon frais, une recette de famille, un délice.

 

Les oiseaux qui ont embarqué à Anvers se sont installés à la proue, deux goélands et quatre petits qui ressemblent à des pigeons que j'observe entrain de pêcher, et c'est un grand moment car la vie à bord d'un cargo réserve de belles surprises, émouvantes aussi.

oiseau au dessus de l'Océan Atlantique

Je me trouvais par chance à la passerelle observant l'agitation de nos passagers volatiles clandestins intéressés par un banc de dauphins; je cours  à l’extérieur avec le Commandant et le chef mécanicien pour voir un spectacle inouï sur le flanc bâbord du navire; les dauphins forment un cercle bouillonnant pour rassembler les poissons et les faire remonter à la surface, puis ils bondissent hors de l'eau; c'est magnifique.

Lundi 20 mai

Grisaille encore, des moutons sur la mer sans plus. Je viens d'apercevoir un voilier au loin, peut-être est-on au niveau des Açores?

 

 On s'est arrêtés presque toute la matinée à cause du mauvais temps; un peu d'exercice autour du château sans me tenir, en gardant l'équilibre ce qui demande pas mal d'efforts car le roulis transforme le pont qu'il faut remonter et la descente est risquée. (voir la video)

 

Ce matin deux voiliers sont passés au loin. Le Capitaine a reçu un message de détresse du Cross pour repérer un voilier dans la zone. On a scruté le moindre indice mais sans rien en vue.

Mardi 21 mai

Toujours le ciel gris, j'en profite pour déambuler dans le bateau, contempler la mer, rechercher des astuces pour résoudre les problèmes du Sudoku et regarder des vidéos sur mon ordinateur sans oublier mes leçons d'Anglais et d'Espagnol.

le sillage du Hansa Bremen sous la grisaille

Mercredi 22 mai

Après ces jours de grisaille, ce mercredi nous réserve une belle journée ensoleillée aussi je vagabonde sur tous les ponts, au bord de la piscine o je lis, installée à tribord ou à bâbord suivant le vent et le soleil, sur les fauteuils "fatigués" mais bienvenus que le second a arrimés sur les ponts, aux extrémités des coursives.

 

A la passerelle, je constate qu'apparaissent de plus en plus de plaques d'algues et que nous passons près de la mer des Sargasses.

Mais personne à bord ne connaît cette appellation qui n'apparaît pas sur les cartes marines et ça les amuse que j'insiste.

plaques d'algues autour des Sargasses

Jeudi 23 mai

Ce jeudi grands travaux d'entretien, ponçage, décapage de la rouille et peinture vert d'eau pour les ponts.

Vendredi 24 mai

Jour de 'Canteen"; on peut commander, eau, alcool, savon, dentifrice et carte téléphonique et à noter sur un post-it tous les vendredis avant 16h.

 

C'est le Commandant qui s'occupe des commandes à payer en dollars en fin du séjour.

Samedi 25 mai

Tous les samedis à 15h20 alarme pour le "Drill" exercice d' entraînement après des réunions donc tenue rouge de Cie Leonhard & Blumberg obligatoire plus casque, bouée, gilet de sauvetage à disposition dans les cabines avec la procédure à suivre et avec tout l'équipage, le tout souvent sous un soleil de plomb et un roulis bien présent.

exercice incendie à bord du Hansa Bremen
Monique Veyssiere sur le Hansa Bremen

Grand jour de fête?...

Mais en ce samedi 25 mai, grand jour et maxi barbecue avant le passage du Canal de Panama.

 

Cet après-midi les Philippins installent un "barbecue" maison "bricolé" avec les moyens du bord très astucieusement.

 

Je reste avec eux pour filmer et participer à l'installation des tables, bancs et chaises sous un soleil accablant; la bâche censée nous protéger du soleil est bien dérisoire car le bateau avance; mais les Philippins ont l'habitude et se transforment en pirates des mers.

préparatif du  barbecue
un barbecue en haute mer

J'ai la chance de pouvoir me rafraîchir dans la grande piscine derrière la timonerie sur le pont supérieur; je n'ai jamais vu les Philippins en profiter? Mais en fait, ils n'ont pas le temps et à 18h, il fait déjà nuit.

 

Dans cette grande piscine profonde, je reste prudente car le roulis provoque une forte houle qui m'a déjà projetée d'un bord à l'autre brutalement.

la piscine du Hansa Bremen

Je redescends vite pour participer à la longue préparation du  barbecue et déjà le cochon cuit sur un lit de braises grâce à une broche qu'il faut tourner pendant des heures avec les moyens  du bord ce qui en fait tout l’intérêt ; les Philippins sont très ingénieux et c'est  un plaisir de voir leur bonne volonté.

repas sur le pont du Hansa Bremen

Le soir à 18h, tout est prêt, un buffet incroyable avec des tas de plats, riz variés, pommes de terre fondantes, concombres, viande délicieuse, gambas grillées, énormes moules cuites au barbecue, sardines et des sauces, poulets extras et bien sûr, la star du repas le cochon grillé. Ce fut un délice, arrosé de jus de fruits mais aussi de vin rouge, vin blanc du Chili, bière à la bouteille, whisky que j'ai bu avec modération car c'est nouveau pour moi et tout ça à la mode russe et ukrainienne. Donc le rituel veut qu'après quelques bouchées, on se lève et on trinque bruyamment.

 

On en profite aussi pour admirer la lune qui danse avec le roulis et pour prendre de belles photos. (voir la video)

 

La chaleur et les quarts à venir ont un peu dispersé les officiers et je reste avec le Commandant. Seuls les marins Philippins se régalent à chanter. Après le départ du Commandant, je les rejoins pour participer à leur fête; le karaoké, un rituel. C'est un plaisir de voir avec quel enthousiasme ils ont tout préparé sous le cagnard et quelle belle solidarité entre eux; ils chantent avec tout leur coeur; ils sont vraiment touchants.

 

J'aime tous ces gens et ce navire -  il a une âme.

 

Les officiers de quart pendant la fête sont venus et nous nous sommes retrouvés avec le chef mécanicien, le chef officier et le cadet pour déguster encore! quelques plats concoctés par le chef mécanicien. Quelle soirée extraordinaire pour moi en pleine mer. Rendez-vous est pris avec le chef mécanicien à 6h du matin à la piscine.

Dimanche 26 mai

6h du matin sur le pont arrière de la timonerie, rendez-vous à la piscine sur l'invitation du chef mécanicien. on a nettoyé le pont pendant le remplissage de la piscine, un bon bain avant le petit déjeuner de 7h30.

Aujourd'hui la chaleur est si étouffante que je ne peux pas rester dehors.

 

Il n' y a personne, pas de navire à l'horizon, pas d'île, ni d'avion, je ne me lasse pas de cette immensité.

Demain lundi on vide la piscine avant de rentrer dans la rade de Cristobal.

Ce dimanche nous allons quitter la mer des Antilles.

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